Permettre à un jeune d’apprendre à contrôler lui-même son comportement en cas de crise est un apprentissage indispensable
Analyse fonctionnelle des comportements problèmes
Emile est un jeune adolescent qui a des difficultés de communication, et de nombreuses tolérances non acquises : cela implique que les contraintes du quotidien sont très mal vécues (tolérer d’attendre, tolérer le bruit, tolérer qu’on lui refuse quelque chose, tolérer de venir en activité…).
Les équipes ont pu établir précisément les contraintes les plus difficiles pour Emile, comment les éviter et quels sont les signes qui montrent son agacement. Il est en effet très important que les paramètres de chaque contrainte soient au maximum maitrisés et qu’Emile puisse y être exposé de façon graduelle, pour permettre de garder un comportement stable et maintenir un environnement sûr pour le jeune et les professionnels.
Cependant, les contraintes du quotidien ne sont pas toujours facilement maniables et Emile n’étant pas le seul jeune de la structure, il n’est pas rare que des comportements non désirés apparaissent.
Les comportements peuvent être dirigés vers les professionnels, les camarades ou vers lui-même. Il n’est donc pas possible à ce moment de laisser Emile se calmer seul et une gestion de crise physique doit être utilisée.
Le cadre de la gestion de crise
Les professionnels de notre association sont formés à la gestion de crise : cette formation comprend une partie sur la gestion de crise non physique pour un fonctionnement plus serein au quotidien :
- les apprentissages pertinents à mettre en place
- tenir compte des variables qui impactent le jeune pour modifier nos exigences et aménager l’environnement
La formation comprend également une partie physique qui apprend les gestes nécessaires pour permettre un retour à un fonctionnement stable des personnes accompagnées en toute sécurité pour les personnes et les professionnels.
Une des protocoles efficaces pour Emile consiste à être accompagné à s’allonger et rester sur un tapis pour stopper les auto et hétéro-agressions.
Ce moment, même si nécessaire, n’est pas agréable pour lui ni pour les professionnels qui le suivent.
Apprendre des compétences d’autocontrôle
Pour rendre cette procédure moins difficile, nous avons commencé à apprendre à Emile à effectuer seul les gestes requis pour cette procédure (s’allonger, mettre ses bras le long du corps…) lorsque son fonctionnement est stable, que son environnement est agréable, qu’il n’y a pas d’apprentissages couteux en cours et que sa coopération est bonne.
Emile a donc appris à s’allonger, à poser sa tête, à mettre ses bras le long du corps puis à écouter et suivre les instructions du professionnel quant au temps de relaxation exigé, au moment de se lever, de retourner s’assoir…
La procédure de gestion de crise physique a été décomposée en une analyse de tâche précise ; chaque comportement de cette analyse de tâche est guidé et renforcé pour une acquisition précise de chaque étape.
Par la suite, l’apprentissage a été effectué grâce à une procédure de chainage. Pour vérifier que la compétence est généralisée, nous avons testé cette procédure avec l’ensemble des membres de l’équipe, pour bien vérifier qu’Emile montre les mêmes compétences avec tous ses encadrants.
Une fois que nous obtenons une certaine fluidité dans le suivi de l’ensemble de ces consignes avec tous les professionnels, nous commençons à utiliser cette procédure lors des moments où Emile commence à s’agacer et à montrer des comportements auto ou hétéro-agressifs. Bien entendu, il est important de préciser que cette procédure ne prévaut pas sur l’ensemble des aménagements pouvant être effectués pour aider à un retour au calme et n’est utilisée que quand les aménagements ne sont plus assez efficaces.
Emile a montré de plus en plus de facilité à aller s’allonger sur le tapis sur demande des professionnels lorsqu’il commence à s’agacer ; même s’il est parfois nécessaire de recommencer cette procédure plusieurs fois quand les moments d’énervement sont trop forts, la procédure reste efficace.
Préparer à évoluer dans d’autres environnements
Pour ce jeune, qui a pu montrer de façon régulière des comportements auto et hétéro-agressifs qui nécessitaient une gestion de crise physique qu’il n’appréciait pas, le passage à une gestion de crise qui ne nécessite que des instructions orales et des aides visuelles est une vraie plus-value en termes de confort pour lui et pour son équipe.
De plus, en prévision d’une sortie d’établissement vers une autre association, il est également bénéfique que la régulation des comportements puisse s’effectuer à l’aide d’une procédure ne nécessitant pas de formation spécifique des équipes.