Une problématique récurrente dans la prise en charge des personnes avec autisme concerne l’alimentation. Elle doit être prise très au sérieux en raison de ses impacts à court et moyen terme sur la santé de l’enfant
La sélectivité alimentaire : un enjeu de santé future pour l’enfant
Une problématique récurrente dans l’accompagnement des personnes avec autisme concerne l’alimentation. En effet, il est courant que les familles et les professionnels soient confrontés à des difficultés lors des repas, que ce soit concernant des familles d’aliments, des textures, des gouts, des couleurs, des quantités…
Cette problématique est d’autant plus sérieuse qu’elle a un impact direct sur la santé à court terme et à long terme.
Le travail des tolérances liées à l’alimentation est délicat et doit être mené par des professionnels formés en lien étroit avec la famille que ce soit avant la mise en place mais également pendant la mise en place pour s’assurer que les effets soient positifs.
Lorsque la famille du jeune Gautier nous a sollicité pour diversifier son alimentation, nous étions tout à fait en accord avec cette demande et ravis de pouvoir aider la famille dans son quotidien.
La diversification alimentaire est soulevée car Gautier ne tolère de manger que le repas préparé par sa mère. Au début de sa prise en charge, nous avons testé de proposer le repas que nous fournissait la cantine, mais Gautier préférait ne rien manger. Il nous réclamait des jus de fruits et des compotes pour compenser ce manque d’apport de nourriture. Cela a duré plusieurs semaines, jusqu’à ce que nous nous accordions avec la famille pour que celle-ci nous fournisse un repas préparé au domicile et que Gautier puisse passer une journée plus sereine. Gautier s’est mis à manger sans difficulté le repas fourni par sa famille.
Créer une opportunité positive de découverte de nouveaux aliments
La diversification alimentaire pour Gautier a débuté lors des ateliers de cuisine proposés par la structure. L’ensemble des jeunes de son groupe passent la matinée à cuisiner un repas équilibré (avec entrée plat et dessert) pour eux et les professionnels. Nous laissons déjà à ce moment-là, le choix à Gautier de pouvoir manger ce qui est proposé par la structure ou son plat, voire les deux (en respectant, bien sûr, des quantités raisonnables).
Grâce au talent culinaire de nos professionnels, Gautier commence tout doucement à goûter de nouvelles saveurs. Il peut déjà avoir une alimentation variée à domicile, mais c’est surtout la façon de cuisiner et les saveurs qu’il peut retrouver à la maison qui ne le satisfont pas lorsqu’il est à l’IME. Le comportement de goûter est modélisé par les professionnels et largement renforcé, soit par l’accès à des aliments déjà préférés qui sont présents pour la recette, soit d’autres aliments prévus pour cet apprentissage.
Un estompage progressif et coordonné avec la famille
Il est de plus en plus facile pour Gautier de goûter le repas préparé par les professionnels jusqu’à ce que son repas ne lui soit plus proposé le jour de l’atelier cuisine et que la famille ne prépare plus de repas pour l’IME, au moins une fois dans la semaine. Dans le même temps, les professionnels commencent à proposer à Gautier de goûter le plat de la cantine de façon plus régulière. Dès que cette routine est bien installée, nous convenons avec la famille de ne plus donner de repas venant du domicile selon un planning d’estompage défini, pour que l’arrêt se fasse de façon graduelle.
Des étapes importantes ont été respectées pour que G puisse modifier son alimentation : s’assurer qu’il mange un plat connu (plat du domicile) dans un nouvel environnement (généralisation) puis introduction du comportement de gouter (modélisation, renforcement), et augmentation de la quantité qui doit être goutée (façonnement).
De plus, la présence du repas du domicile est une alternative plaisante au repas de la cantine qui n’est plus disponible et évite de diminuer la motivation à manger ce qui est servi par la structure.
À présent, Gautier mange tous les jours le repas de la cantine ou le repas préparé par les professionnels. Il est capable de manger des aliments qu’il apprécie moins en petites quantités, mais il ne sortira pas de table sans avoir mangé.
Gautier est très serein au niveau des repas, autonome, et l’accompagnement dont il a besoin lors de ce temps, est minime.
Il est bien sûr important de réaliser que l’apprentissage de la diversification alimentaire peut être beaucoup plus compliqué, avec une étape de modélisation du comportement beaucoup plus longue et comportant de nombreuses sous étapes.