Travailler la flexibilité pour permettre de nouvelles compétences d’autonomie nécessite de construire des programmes à la fois progressifs et individualisés

Une problématique très concrète et ciblée

A l’époque de notre apprentissage, Grégoire est un jeune garçon qui a 8 ans à son arrivée à l’IME. Ses journées sont difficiles, il communique peu, a du mal à installer des routines, à tolérer le bruit de ses nouveaux camarades, à persévérer dans les activités, à tolérer qu’on lui refuse quelque chose. Il se plaint beaucoup au cours de sa journée et il est difficile de trouver des moments où il est apaisé.

En plus d’un travail sur toutes ces difficultés que nous avons commencé à travailler au quotidien, au bout de quelques mois, la famille nous alerte sur un besoin d’apprentissage jugé important pour elle, tant pour l’autonomie de leur enfant que pour sa socialisation.

Grégoire refuse catégoriquement, depuis toujours, de manger avec ses couverts lors des repas. Il est tout à fait capable de les tenir correctement mais il refuse de s’en servir pour manger son repas et utilise uniquement ses doigts.

La procédure mise en oeuvre

Nous commençons donc à travailler avec lui la prise de repas avec fourchette. La procédure utilisée est très graduelle : une bouchée avec sa fourchette avant de pouvoir manger la suite de son repas comme il le souhaite. La présentation du repas est aménagée : 2 assiettes différentes, une avec l’assiette principale et une avec la bouchée à manger. Il est important que la situation soit claire pour maximiser la compréhension de ce qui est attendu.

La quantité très minime, la façon de présenter ce qui doit être mangé avec la fourchette ainsi que les encouragements et le soutien de l’équipe fait que nous pouvons avoir une coopération assez rapide et sereine pour que Grégoire puisse accepter de manger une première bouchée avec sa fourchette.

Nous augmentons au fur et à mesure la quantité à manger avec la fourchette : dès que la prise de données nous montre une acquisition de notre critère (Grégoire mange, plusieurs jours de suite, la quantité demandée avec sa fourchette, dès qu’on le lui demande, sans plainte, sans énervement, sans hésitation), une nouvelle bouchée est ajoutée.

Nous utilisons donc une procédure de façonnement : nous renforçons le fait de manger 1 seule bouchée avec la fourchette, puis quand Grégoire mange facilement cette bouchée avec sa fourchette, notre exigence augmente : il doit manger 2 bouchées avant de pouvoir manger comme il le souhaite, puis 3… Le renforcement utilisé est d’abord l’accès à son repas de la façon dont Grégoire le souhaite puis, les félicitations de l’équipe deviennent de plus en plus importantes dans l’acquisition de la compétence ciblée.

Le renforcement positif et le façonnement sont des outils essentiels dans l’acquisition de cette compétence.

 

Nous augmentons donc la quantité jusqu’à ce que nous arrivions à la moitié de l’assiette devant être mangée à la fourchette. À ce moment, nous constatons qu’il est devenu plus facile d’augmenter les quantités, et nous pouvons plus rapidement passer de la moitié, aux trois quarts, à l’assiette entière, sans que Grégoire soit en difficulté.

L’équipe a été extrêmement vigilante aux étapes proposées. En effet, un programme complet a été rédigé en amont pour que l’équipe suive des indications précises : quelles sont les étapes à suivre, comment passer d’une étape à la suivante, que faire en cas d’échec et que faire en cas de réussite.

Il est important de prévoir des étapes correspondant aux compétences actuelles de la personne accompagnée pour maximiser la réussite des apprentissages mis en place. Un analyste du comportement efficace pouvant modifier le programme initial en fonction des avancées ou des difficultés est également un atout majeur. Une bonne connaissance de la personne ainsi que des professionnels formés pouvant accompagner les équipes sont donc essentiels.

Les obstacles rencontrés

Nous avons été cependant confrontés à un autre obstacle après avoir progressé dans l’utilisation du couvert : la flexibilité quant à la présentation du repas. Utilisant systématiquement le matériel que la cantine nous livrait, nous donnions systématiquement à Grégoire son repas dans le même type d’assiette. Lors d’une journée où la cuisine a eu des problèmes techniques, nous avons dû utiliser d’autres assiettes. Nous nous sommes alors rendus compte à ce moment qu’il était difficile pour Grégoire de ne pas avoir la présentation habituelle de son repas. Nous avons donc commencé  également à travailler la flexibilité quant à l’utilisation du matériel de repas.

Ayant par ailleurs bien progressé dans la stabilité de son comportement général grâce au travail des compétences de tolérance, de la communication mais aussi en ayant installé une certaine stabilité des autres paramètres autour du repas, nous avons pu débuter ce travail de flexibilité, et cela s’est fait beaucoup plus aisément.

Généralisation dans d’autres contextes d’apprentissage

Quand la compétence a été bien installée à l’IME, nous nous sommes assurés par la suite de la généralisation de ces apprentissages en effectuant un suivi avec la famille, en montrant des vidéos et en expliquant les étapes utilisées. La famille a travaillé cette compétence dans la continuité de ce qui a été fait et la généralisation a été assez fluide.

Nous avons attesté de l’acquisition de notre apprentissage quand G. s’est montré capable de manger son plat dans un bol avec des couverts lors d’un pique-nique.

Nous avons donc travaillé pour G. une compétence utile à sa vie quotidienne tant au niveau de l’autonomie que de la socialisation tout en répondant à une demande de sa famille. Cela permet maintenant à G. de pouvoir manger de manière adaptée quel que soit le lieu, le matériel et les personnes qui l’entourent, car c’est une compétence bien ancrée dans son répertoire comportemental.

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